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CHAPITRE 2 - "L'EUROPE DES LUMIERES : CIRCULATION DES IDEES, DESPOTISME ECLAIRE ET CONTESTATION DE L'ABSOLUTISME"

Lumières : nom donné aux philosophes et écrivains du XVIIIe siècle qui, par la diffusion de leurs idées, contribuent à la remise en cause de la monarchie absolue.

Comment les Lumières parviennent-ils à bouleverser les sociétés européennes au XVIIIe siècle ?
 
I. Les sociétés européennes au temps des Lumières.

A.    Une Europe « absolutiste ».

Au XVIII siècle, l’Europe se compose majoritairement de monarchies absolues, puis de monarchies parlementaires. Seuls quelques Etats forment des Républiques.
Monarchie absolue : régime politique dans lequel le roi contrôle tous les pouvoirs.
Monarchie parlementaire : régime politique dans lequel le roi partage le pouvoir avec un parlement élu par le peuple.
République : régime politique dans lequel le pouvoir appartient au peuple.

B.    La société française d’Ancien Régime.

Comme la majeure partie des Etats européens du XVIIIe siècle, la France est organisée selon trois ordres : le clergé, la noblesse et le Tiers-Etats. Cette société d’ordres présente de nombreuses inégalités car le clergé et la noblesse ont des privilèges accordés par la monarchie.
C’est avec Louis XIV (1661-1715) que la monarchie absolue de droit divin s’impose en France. Elle se poursuit jusqu’à la Révolution française avec les règnes de Louis XV (1715-1774) et Louis XVI (1774-1792). Le roi est le représentant de Dieu. C’est le roi qui prend toutes les décisions au nom de son peuple, mais celles-ci peuvent être arbitraires comme en témoignent les lettres de cachet. Le roi impose également sa religion : le catholicisme.

Ordre : groupe social auquel on appartient soit par la naissance (Tiers-Etat, noblesse), soit par vocation (Clergé).
Privilège : droit accordé à un groupe ou à une personne en dehors des lois déjà existantes.
Monarchie absolue de droit divin : le roi détient ses pouvoirs de Dieu.
Lettre de cachet : lettre par laquelle le roi peut condamner toute personne sur sa seule volonté.

II. L’émergence des Lumières et de leurs idées.

A.    Diderot, philosophe des Lumières.

Cas d'étude : Denis Diderot

Issu d’un milieu bourgeois, Denis Diderot (1713-1784) étudie la philosophie et la théologie à la Sorbonne. En 1749, il rédige une Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient dans laquelle il dresse une critique virulente de l’Eglise catholique, qui le conduit à être emprisonné quelques mois à Vincennes. Bien que Philosophe, Diderot occupa de nombreux métiers littéraires (romancier, essayiste, critique littéraire, traducteur…) avant de consacrer le reste de sa carrière à l’Encyclopédie entre 1751 et 1772.

Dans cette œuvre, qu’il codirige avec le mathématicien Jean le Rond d’Alembert, Diderot expose ses principales idées de liberté et d’égalité qui remettent en cause les fondements politiques, religieux et sociaux de la société du XVIIIe siècle. En critiquant entre autre l’intolérance religieuse et le fonctionnement de la monarchie absolue, Diderot cherche ainsi à faire progresser la société et le pouvoir.
Ses nombreux essais, ses articles dans l’Encyclopédie, et ses relations avec des personnages hauts placés, comme l’impératrice Catherine II de Russie, lui permettent de diffuser ses idées et d’en mettre certaines en pratique. Toutefois, ses idées novatrices rencontrent souvent l’hostilité de l’Eglise, des nobles et de la monarchie. Elles le conduisent ainsi soit à l’emprisonnement, soit à la censure.

Philosophe : personne cherchant à comprendre et à expliquer le monde qui l’entoure en s’appuyant sur sa raison.
Censure : contrôle ou interdiction de la publication d’une œuvre pour son contenu jugé contraire au pouvoir politique en place.

B.    Les idées des Lumières.

1. L’émergence d’idées nouvelles.

Activité - Les idées des Lumières

Au XVIIIe siècle, les sciences connaissent d’importants progrès grâce à la mise en place d’une méthode scientifique reposant sur l’observation, l’expérimentation et le raisonnement. Les esprits cultivés et lettrés vont s’appuyer sur cette méthode pour appliquer l’usage de la raison à d’autres domaines que les sciences. Cela donne naissance à un courant de pensée qui se développe en Europe : les « Lumières ».
Raison : capacité d’exercer un jugement critique à partir d’une somme de connaissances.
En utilisant leur raisonnement et leur esprit critique, les Lumières cherchent à « éclairer » les populations sur leurs conditions de vie. Ils remettent en cause tout ce qui peut nuire au bien-être et aux libertés des hommes : les religions, la société d’ordres, la monarchie absolue, l’esclavage, etc. En plaçant les hommes au cœur de leurs réflexions, ils veulent faire progresser l’humanité et leur apporter le bonheur.
Pour atteindre leur but, ils revendiquent majoritairement une séparation des pouvoirs, la souveraineté du peuple, l’égalité, la tolérance religieuse et davantage de libertés (culte, opinion, presse, commerce, etc.).

Souveraineté du peuple : principe selon lequel le peuple détient le pouvoir par le biais de représentants élus.
Tolérance religieuse : respecter les croyances religieuses des autres.

2. La diffusion des idées nouvelles.

Les idées nouvelles se diffusent par les nombreux écrits philosophiques sous forme de livres (romans, contes, essais), d’articles de presse, de correspondance privée ou de pièces de théâtre. L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert contribue aussi largement à cette diffusion en rencontrant un très vif succès en Europe.
Ces idées se répandent aussi grâce aux cafés philosophiques, aux salons privés et aux académies dans lesquels se rencontrent et échangent les intellectuels et la haute société.

Salon : lieu privé dans lequel se réunit l’élite cultivé pour discuter et débattre sur des idées nouvelles.
Académie : société regroupant des gens de lettres, des savants et des artistes divers autour d’un thème commun.

III. L'impact des Lumières sur les sociétés.

A. L'opinion publique. 

Les idées des Lumières trouvent plus particulièrement un écho dans la haute société des villes (noblesse et bourgeoisie). Elles contribuent avec l’indépendance américaine (1776-1783) à la formation d’une opinion publique de plus en plus hostile à la monarchie absolue.
Opinion publique : ensemble des idées que partage la majorité de la population d’un pays. 

B. Le despotisme éclairé.

Certains souverains européens adhèrent au mouvement des Lumières. Ils entretiennent des correspondances privées, les aident financièrement ou les font venir dans leur cour pour pouvoir échanger leurs idées. Voltaire se rend ainsi en Prusse auprès de Frédéric II en 1749. De même, Diderot rejoint Catherine II en Russie en 1773. Bien que ces souverains adhèrent à certaines idées des Lumières, ils demeurent profondément attachés à leur pouvoir et refusent de le remettre en question : c’est pourquoi ils sont qualifiés de despotes éclairés.
Despote éclairé : souverain qui adhère à certaines idées des Lumières tout en exerçant un pouvoir absolu.