Partie 1 - "L'Europe, un théâtre majeur des guerres totales [1914-1945]

Le Monde en 1914

CHAPITRE 1
CIVILS ET MILITAIRES DANS LA PREMIERE GUERRE MONDIALE 


Comment la Première Guerre mondiale transforme-t-elle profondément les sociétés et les populations ?

I. Un conflit sans précédent. 

A. Les origines et les phases du conflit.

Au début du XXe siècle, les rivalités coloniales et la montée des nationalismes engendrent des tensions en Europe qui aboutissent à la formation d’alliances militaires : la Triple Entente (France, R-U, Russie) et la Triple Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie). L’assassinat de l’héritier de l’empire austro-hongrois, l’archiduc François-Ferdinand, le 28 juin 1914 à Sarajevo (Bosnie) , déclenche ces alliances : la guerre éclate le 1er août 1914.
Nationalisme : sentiment d’appartenance à une même nation, à un même peuple. 
D’abord offensive, la guerre devient, dès l’automne 1914, une guerre de position (tranchées). Malgré la mobilisation des hommes des colonies, aucun camp ne parvient à dominer l’autre. Avec le retrait de la Russie en mars 1918, la guerre redevient une guerre de mouvement (offensive). Mais, ne parvenant plus à contrer les offensives ennemies renforcées par l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917, l’Allemagne se résout à signer un armistice le 11 novembre 1918 à Rethondes.
Tranchée : Fossé creusé par les soldats pour préserver leur position et s’abriter des attaques ennemies.
Armistice : arrêt des combats. 

B. Une guerre d'une extrême violence.


C’est au cours de la Première Guerre mondiale (1914-1918) que les Allemands lancent une grande offensive contre les Français le 21 février 1916 : c’est la bataille de Verdun qui dure jusqu’au 19 décembre 1916. Comment cette bataille reflète-t-elle les conditions de combats et de vie des soldats sur le Front ?

Tout d’abord, la guerre est d’une extrême violence car, pour la première fois de l’Histoire, les hommes utilisent des armes chimiques et industrielles lourdes : batteries de canons, obus, lance-flammes, gaz asphyxiants, avions et chars. Ceux qui échappent à la mort restent infirmes : ce sont les « Gueules cassées ». Les brefs combats au corps à corps sur le no man’s land et dans les tranchées ennemies viennent augmenter le nombre de morts.

D’autre part, les conditions de vie sur le front sont inhumaines : les hommes vivent dans le froid, l’humidité et la boue. Ils manquent de nourriture et de sommeil. Les maladies et les parasites se diffusent rapidement car les poilus sont en contact direct avec les morts. Les permissions sont peu nombreuses et une censure est instaurée sur le courrier des soldats pour maintenir leur moral.

Traumatisés par la violence des combats et par la dureté des conditions de vie, les soldats mettent en place des mutineries en 1917. Mais, ces dernières sont très vite réprimées par des exécutions sous l’ordre des autorités militaires.

No man’s land : champ de bataille séparant les tranchées ennemies.
Front : ligne d’affrontement entre deux armées ennemies.
Poilu : nom donné aux soldats français de la Première Guerre mondiale.
Censure : contrôle des documents personnels exigé d’une autorité pour que leur diffusion ne soit pas contraire à ses idées.  
Mutinerie : soulèvement collectif des soldats contre l’autorité militaire pour mettre fin aux combats. 

C. Un bilan humain très lourd.


Sur le 70 millions d’hommes mobilités à travers le monde, 10 millions ont trouvé la mort et 6 millions sont restés mutilés. La France, l’Autriche-Hongrie et l’Allemagne sont les Etats où les pertes humaines ont été les plus importantes.
La guerre est une source de traumatismes pour les Etats et leurs populations. Les familles touchées par les décès, les soldats restés psychologiquement traumatisés, puis le nombre élevé d’invalides et de « Gueules cassées » rappellent l’extrême violence de la guerre. A la fin du conflit, ces soldats ne trouvent plus leur place dans les sociétés qui veulent instaurer une paix durable et oublier les horreurs de la guerre. 


II. La place des civils dans le conflit.

A. La mobilisation des civils. 


A l’arrière, les Etats utilisent la propagande pour mobiliser les civils. L’école fait acquérir aux enfants les valeurs patriotiques, le devoir militaire et la place de la France dans l’Histoire et dans le monde. Les journaux et les affiches incitent les populations à contribuer à leffort de guerre.
Les civils fournissent métaux et or nécessaires à la construction de l’armement. Les invalides et les « munitionnettes » confectionnent les armes dans les industries. Les femmes, aidées par les personnes âgées, les invalides et les enfants, remplacent les hommes dans toutes les tâches de la vie quotidienne.
Ainsi, l’implication des civils dans le conflit fait de la Première Guerre mondiale, une guerre totale.

Arrière : Région où l’on ne se bat pas mais où l’on contribue à l’effort de guerre.
Propagande : ensemble des moyens utilisés par un Etat pour encadrer et imposer ses idées à la population.
Munitionnette : nom donné aux ouvrières réalisant les armes.
Guerre totale : guerre mobilisant l’ensemble des moyens économiques et humains d’un pays.

B. Les civils, victimes de la guerre.  

Les civils vivent dans l’angoisse de la mort (proches sur le Front, bombardements des villes). Elles subissent l’occupation de l’ennemi, et doivent se soumettre aux réquisitions puis aux travaux et aux déplacements forcés. Elles connaissent aussi de nombreuses pénuries liées à la désorganisation de l’économie engendrée par la guerre.
Réquisition : ordre donné par une autorité à une population pour lui fournir les biens ou services dont elle a besoin.
Pénurie : manque de ce qui est nécessaire pour vivre convenablement. 


C. Le Génocide des Arméniens.
Génocide : du grec genos (peuple) et du latin occidere (tuer), désigne l’extermination volontaire et systématique de tout un peuple à cause de ses origines ou de sa religion. 
Arrivé à la tête de l’empire Ottoman en 1908, le parti des Jeunes-Turcs s’associe dès Octobre 1914 aux puissances centrales européennes (les empires allemand et austro-hongrois). De confession chrétienne, les Arméniens sont accusés par les Turcs d’une solidarité religieuse ayant permis la victoire des Russes en janvier 1915. Le gouvernement ottoman décide donc officiellement de déporter cette population au sud de l’empire.
A partir d’avril 1915, la police turque est chargée de réaliser cette déportation de toute la population arménienne. De nombreux témoignages de survivants révèlent que les populations arméniennes sont d’abord regroupées pour être déplacées. Mais, c’est au cours de ces déportations, que les Arméniens sont massacrées froidement et dans des conditions inhumaines (corps démembrés, scalpés…) à l’abri des regards. Toutes les traces de ces massacres sont ensuite effacées.
Au final, très peu d’Arméniens ont pu rejoindre les camps de déportation. On estime que 67% de la population arménienne a ainsi été exterminée. Les autres ont pu survivre en rejoignant la Russie, en se cachant de la police ou en se mettant ouvertement au service de l’empire ottoman.

III. La guerre transforme l'Europe.

A. La Révolution russe de 1917. 

La politique autoritaire du Tsar Nicolas II (1984-1917), puis l’entrée en guerre de l’empire en 1914, engendrent une pénurie alimentaire et une hausse des prix. Cela conduit la population à se soulever contre le pouvoir en février 1917. Elle obtient l’abdication du Tsar et la mise en place d’un gouvernement provisoire. Mais, ce dernier ne parvient pas à rétablir la situation économique du pays.
Fondé en 1912, le parti bolchevik dirigé par Lénine décide alors de s’emparer du pouvoir. Dans la nuit du 24 au 25 octobre 1917, le parti réalise un coup d’Etat en s’appuyant sur l’armée et les ouvriers. Il s’empare de Petrograd et du Palais d’Hiver où siège le gouvernement provisoire.
L’action du Parti Bolchevik repose sur le communisme et vise à stimuler l’économie du pays. Pour y parvenir le parti décide de signer la paix avec l’Allemagne en mars 1918. Il adopte des mesures égalitaires telles que la restitution de toutes les terres aux paysans et de toutes les industries aux ouvriers. Mais, ces mesures ne satisfont pas toute la population : une guerre civile éclate. Pour y mettre un terme, Lénine met en place une dictature prolétaire interdisant toute contestation au régime. Il parvient ainsi à écraser la guerre civile en 1921 et à créer un nouvel Etat l’année suivante : l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS).
Cette révolution russe trouve écho en Europeles communistes se soulèvent contre les gouvernements en place. Mais, ces révolutions sont vite écrasées par les différents Etats. Toutefois, le communisme s’organise grâce à la IIIe Internationale fondée par Lénine en 1919, qui réunit les différents partis communistes des Etats européens.

Abdication : action par laquelle une personne renonce volontairement à ses fonctions.
Parti bolchevik : parti politique composé de révolutionnaires russes soutenant Lénine et favorable à la mise en place d’un régime communiste.
Communisme : idéologie visant à créer une société égalitaire, sans classe sociale, ni propriété privée.
Prolétariat : toutes les personnes vendant leur force de travail pour pouvoir vivre (ouvriers).

B. Les Traités de paix redécoupent l'Europe.

Entre 1919 et 1920, la guerre s’achève par la signature de différents traités de paix entre pays vainqueurs et pays vaincus. C’est le 28 juin 1919 qu’est signé à Versailles le traité de Paix entre la France et ses alliés, puis l’Allemagne. Mais, ce dernier est perçu comme un diktat par l’Allemagne : pertes de territoires, limitation de sa force armée et réparation des dommages causés par la guerre alors que le pays n’en a pas les moyens.
La signature de ces traités fait disparaître les empires centraux en donnant naissance à de nouveaux Etats tenant davantage compte des différentes nationalités. Toutefois, certaines tensions demeurent.

Traité de paix : signature d’accords mettant fin à une guerre. 


C. Une volonté de paix universelle et durable.

A l’issu de la guerre, les Etats veulent obtenir une paix universelle et durable. Ainsi, à l’initiative du Président américain Wilson, une Société des Nations est créée en 1919 pour garantir « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et le maintien d’une paix durable. Cette volonté de paix universelle est renforcée par la signature du pacte Briand-Kellogg en 1928 qui condamne le recourt à la guerre pour régler les conflits.

Conclusion.
L’extrême violence de la Première Guerre mondiale a profondément traumatisé les populations et les Etats qui veulent vite oublier la guerre et instaurer une paix durable. Cet état d’esprit donne naissance aux « années folles » qui prennent fin avec l’émergence d’une crise économique mondiale en 1929.

Fiche de révisions

Exercices de Révisions